Mauvais feeling

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J’avais un mauvais feeling aujourd’hui. Du coup, j’ai tout fait pour ne pas jouer. Trois jours de suite que je gagne dans la plus grosse partie live de l’Aviation Club de France et j’ai le sentiment que le vent va tourner…

Je ne sais pas comment l’expliquer mais je suis bizarrement sûr que je vais perdre, que je vais surjouer une main ou je ne sais quoi.  Je me rappelle alors toute ces journées lors desquelles je me suis dit ça, toutes ces soirées pendant lesquelles j’ai fini par jouer  faute de meilleures occupations trouvées : toutes ces sessions de merde me reviennent  à l’esprit ! J’ai pensé que je devais prendre un coach mental, parce que ce n’était pas normal de penser comme ça.

 

S’en suit une bonne après-midi de « relaxation »: quelques épisodes  de Big Bang Theory sur l’ordinateur,  15 minutes de blagues de Guillon à la télé, et des discussions Skype sur tout et rien.

Ma journée a véritablement commencé à  19 heures quand Ilan (Boujenah) me propose un resto avec lui et Davidi (Kitai). La discussion tourne entre deux sujets de discussions : le spectacle d’un mentaliste – supercherie ou non -  et l’intérêt d’ouvrir AK84 au cut off  avec une couleur en omaha 4 sur internet – j’ai pris la position qu’il fallait jeter !

On rentre chez Ilan. Les autres commencent leur session du dimanche tandis que je m’endors sur le canapé. En me réveillant le mauvais feeling a disparu. Peut-être qu’inconsciemment je ne voulais pas jouer fatigué ?

 

Toujours est-il qu’à une heure du mat je bouge à l’ACF. Un peu plus tard, une place se libère à la 2500. Un tour de chaque : Omaha 4, 5 et Holdem. Je me sens coupé du mon monde à chaque fois que je m’assois à cette table. D’une part parce que les protagonistes pourraient tous être des personnages de cinéma du fait leur personnalité très prononcée – que je ne retrouve pas dans la « vraie » vie – et  d’autre part parce que les montants, exorbitants, ne représentent presque plus rien aux yeux de tous.

 

Deux  bons joueurs sont assis à la table: Antho Lellouche et Idriss. Pour le reste des joueurs récréatifs avec plus ou moins de moyens…  Je pose d’abord 6500€ que je perds en l’espace d’une heure en omaha avec de bons jeux.  Je repose un jeton de 10 000 et reviens à jeu sans trop de mérite au bout de quelques heures.

Le bien connu David Benyamine s’assoit alors à la table et a déjà pris près de 30 000 euros en dix minutes. J’ai pris l’habitude de jouer avec lui ce mois-ci. Ce joueur dégage quelque chose. Même si son visage semble épuisé par des années de pertes et de refaites, il dégage un vrai « quelque chose », une confiance en lui, une certaine sérénité. Côté poker, il excelle contre les joueurs récréatifs du fait de son expérience. On ne peut pas en dire autant face aux pros. Son jeu doit ressembler à ce qui se faisait de mieux il y a quelques années mais n’a pas évolué depuis. C’est dur à dire, mais j’aimerai bien le raser ce soir. On joue un peu et le tour du holdem que j’apprécie particulièrement vient alors.

J’ouvre ma main au bouton: :AD: :AS: . Je soulève les yeux et voit mon pote Idriss qui a limpé avec 1400 euros de tapis soit 14 blinds en premier de parole. Tout joueur sensé sait qu’il a minimum :QC: :QS: . Un peu déçu par la situation, raser mon pote, ne me ravit franchement pas… Je relance néanmoins  à 400 euros. Visiblement pas inquiets, un joueur X et Benyamine payent dans l’instant. Sans surprise, Idriss pousse le reste. Je paye simplement puisque c’est mon seul espoir de voir ce coup se développer et les deux autres ajoutent dans la seconde les 1000 euros,  soit un jeton jaune. Le flop vient :JC: :8H: :6D: . Check de X, Benyamine mise 3000 euros.

La situation me parait limpide. J’ai pris pas mal de temps à observer  Benyamine jouer en holdem à cette table. De par mes lectures précédentes j’interprète sa mise comme une mise de valeur contre X qui lui permettra de ne pas subir le coup et de pouvoir contrôler le pot à sa guise. Bilan, il a une main mais moins bonne que la mienne ^^. Il me reste 17 500 euros et mon but est maintenant d’extraire un maximum d’argent. J’ai deux options. Je les remue dans ma tête.  Payer, relancer, payer, relancer…  Payer, hum non, c’est un peu trop gros quand même. Il va commencer à se douter de quelque chose. Je vais relancer, pas top non plus en fait, il va réussir à passer… Bon ben je paye juste alors…

Puis un feeling me vient : pousser directement mon tapis et faire ainsi croire à un tirage. Je n’y réfléchirai pas plus. Tandis que je pousse mes jetons au milieu, je me mets alors à douter de mon moove. Pas franchement joli ce que je viens de faire. Je vais me faire payer que par mieux. J’ai dû avoir peur car c’est un gros pot. C’est franchement trop évident, je ne suis franchement pas lucide dans ce genre de partie me dis-je …  X passe. C’est au tour de Benyamine qui lance un «  Il n’y a qu’une main qui me bat ». Je lève la tête au ciel et je me dis que toute ma vie ce gars-là va me  chatter, mais Benyamine ne me regarde pas et hésite toujours. J’ai vraiment une image de joueur si sérieux auprès de lui qu’il est prêt à jeter sa paire de 8 ou une miraculeuse double paire 68 ?

Il me regarde enfin. Il n’y aura rien à lire sur mon visage pour cette fois. Je n’ai aucune idée de ce qui se passe, je ne suis ni nerveux, ni content, je suis un simple spectateur de cette scène. Il  jette alors un  jeton bleu et un rouge soit 15 000 euros pour indiquer qu’il paye.

« 2 fois ? » lance t-il. « OK allez ».  « Deux 6 ? » lui demande Antho, Benyamine hoche la tête.  Le croupier s’applique, mais sur chacun des deux boards l’histoire est la même : Une dame à la turn…

Benyamine annoncera  fièrement deux paires et retournera :JH: :QS:  pour une simple top pair touché au flop.  Idriss et moi lâchons chacun notre paire dans le muck. Benyamine ramasse les jetons.  Je lance, dépité, un « Bravo champion » histoire de garder un peu de fierté.  Je me lève, hausse les épaules. Vidé, je prends mon manteau qui me pèse plus que d’habitude. Je sors du cercle de jeu les yeux troubles.

 

Il fait jour. J’avance vers le taxi, j’annonce poliment ma rue d’une voix tremblotante. Je dois répéter, re-répéter pour qu’il me comprenne. Il est 9h du matin, je rentre chez moi et je suis pour le coup devenu  vraiment nerveux. Je repense au coup, à comment j’aurai pu l’éviter, me disant que j’aurais  sans doute réussi à jeter à la turn si j’avais simplement payé et que la dame était alors apparue, je pense à ce que j’aurai fait avec  40 000 euro de plus, à la probabilité qu’il gagne sur les deux boards, à l’énorme pot qu’il m’a chatté il y a quelques jours,  à calculer ma malchance, ma malchance cumulée, à refaire les pourcentages, à me revoir soulever mes deux As à revoir Benyamine annoncer deux paires, à montrer sa main de merde et enfin à combien j’ai perdu ce soir…

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5 réponses à Mauvais feeling

  1. canonbis a écrit le 28 décembre 2011 à 20:18

    Dur dur… Quelques fois, même si ça parait fou, il faut mieux écouter son feeling….
    Gl pour la suite….

  2. Rugbyplaya a écrit le 28 décembre 2011 à 21:09

    Ligne créative que de push au flop, en effet c’est bien vu de vouloir représenter une main moins bonne et c’est réussi puisqu’il paye avec cette main.

    Bon derrière, sick turn…

  3. Pe4nuts a écrit le 29 décembre 2011 à 05:34

    Pas cool… Bel article ceci dit, bien écrit et intéressant à lire! J’espère que tu déchatteras moins next time! :)

  4. Ricardo a écrit le 11 janvier 2012 à 17:52

    Arf… sales turn… En tout cas merci pour l’article très sympa à lire ! GL pour la suite !

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